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 SF - Les lunes de Déneco

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Talbazar



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MessageSujet: SF - Les lunes de Déneco   SF - Les lunes de Déneco Icon_minitimeMer 17 Jan - 17:03



Les lunes de Déneco


Ces salauds ne tuaient jamais délibérément les vaillants soldats de l’empire Galactique. Leurs machines sophistiquées se contentaient la plupart du temps de causer de graves lésions aux combattants et l’on ne récupérait que rarement les blessés. On les disait humains, mais personne d’entre nous ne pouvait se vanter d'avoir vu leurs visages. Ils vivaient sous le sol de leur planète désertique, enfouis comme des taupes au sein de leurs citadelles souterraines que jusqu’ici l’empire n’avait pas réussi à conquérir. C’était l’enjeu majeur de nos missions, le but avoué de tous ces combats acharnés contre les robots de Déneco. Je fut l’un de ces officiers envoyé aux confins de la galaxie pour prendre part à ces assauts.
Ce jour-là, j’ai appelé Rota dans mon émetteur. J’entendais pas loin de moi un cliquetis caractéristique qui venait par la gauche, derrière un gigantesque bunker bétonné que les combats avaient réduit à l’état de ruines. Mon radar confirma mes craintes :
- « Rota, des Aracnes, trois ou quatre, sur la gauche ! »
Rota et les trois autres gars de la patrouille sont arrivés vers moi en se frayant un passage au milieu des gravats semés de fers tordus :
- « O.K. commandant, quatre, je les ai en visuel. Nous devrons synchroniser les tirs. »
J’empoignais mon laser d’assaut, une arme redoutable et conventionnelle d’usage courant parmi nos troupes. Tout d’un coup, je les ai vus aussi arriver rapidement vers nous. Les araignées brillantes jouaient sans faux pas de leurs six pattes métalliques en produisant ce bruit qui m‘avait alerté. Ces choses communiquaient entre elles en silence et se déplaçaient à merveille au milieu des pires embûches. Un mètre par seconde, cent quatre vingt trois articulations. Elles étaient l’outil idéal de Déneco en terrain accidenté. Les Aracnes ne venaient jamais seules, elles fonctionnaient en essaim, de vrais crétins individuellement mais capables d’une redoutable volonté collective... Pour déjouer leur assaut commun, il convenait d’abord de les isoler des autres un par un. Seule stratégie connue pour les détruire, c’était en général plus facile à dire qu’à faire !
J’ai dégoupillé un leurre, sorte de pomme luminescente contenant des paramètres humains, les miens en l’occurrence, programmés sur-mesure : taille, sexe, poids, masse musculaire, rythme cardiaque, tout y était. Je l’ai placé dans le lanceur pour l’envoyer à cinquante mètres. Les Aracnes ont stoppé net leur progression, puis elles se sont précipité à la vitesse de l’éclair vers le petit objet lumineux. L’un des robots à fusillé l’endroit d’un puissant jet de photons parfaitement contrôlé. Un seul, ça voulait dire que les autres avaient compris l’astuce. Le leurre a explosé quand-même en lâchant dans l’air chaud un jet d’étincelles bleues. Pendant ce temps, Rota s’est déplacé rapidement avec deux autres camarades, en se gardant bien de tirer. Les Aracnes se sont regroupées en cercle. Ces garces faisaient le point et nous cherchaient déjà. J’ai fait un signe de la main à Henr, pour lui indiquer une espèce de promontoire dominant un peu les ruines. Il a levé son gant à son tour, en signe d’acquiescement, avant de glisser dans mon casque :
- « O.K. Micki. Je te suis.»
J'étais commandant, mais l'usage des grades était flexible dans l'armée de l'empire, qui plus est en cours de mission. Nous avons escaladé à toute vitesse les éboulis pour parvenir sur cette hauteur. Ces saletés grimperaient plus vite que nous, même sur un mur vertical, nous le savions. Rota a jeté un nouveau leurre à trente mètres, dans une direction opposée. Immédiatement, les Aracnes se sont remises en route. Je bénissais comme les autres mon bouclier ventral qui brouillerait leurs radars et masquerait un court espace de temps ma présence. Finalement, les Aracnes se sont séparées, juste quelque secondes. L’une à détruit le leurre, une autre se ramenait vers Henr et moi alors que les deux autres galopaient vers Rota et Jey. Cela signifiait que les boucliers venaient de cesser d'être efficace et que ces robots nous avaient localisé. Nous avons parfaitement synchronisé nos tirs : chacun le sien. Impeccable. Les quatre Aracnes ont subi le feu de nos laser exactement en même temps, pour exploser dans un vacarme unique en laissant sur la place une odeur âcre de circuits grillés. Rota est resté un instant sur le qui-vive, puis je l'ai entendu dans mon casque :
- « Gagné, mon commandant, elles n’ont même pas eu le temps de tirer. Quatre de moins et pas de blessés : sans faux-col, n’est-ce-pas ? »
Suivi de Henr, je suis redescendu féliciter les gars. Ces Aracnes redoutables nous compliquaient singulièrement la vie depuis notre récent débarquement sur Déneco. L’état-major aurait vendu une planète pour connaître leur lieu de fabrication. Résine fumante, acier tordu, il n’y avait absolument plus rien de valable à récupérer sur celles-ci. Nous sommes repartis vers le nord, à la recherche d’une autre patrouille en difficulté dont nous étions sans nouvelle. Elle possédait pourtant un blindé à rotation ultra-rapide. Nous suivions pas-à-pas les traces de l’engin qui nous amèneraient vers lui. Toutefois, je montrais un peu d’impatience, car le soir tomberait bientôt et la nuit serait nettement favorable aux robots. En cas d’échec, il nous faudrait rejoindre la base aérienne au plus vite. Sur Déneco, l’ennemi n’attaquait jamais ce qui sillonnait ou stationnait dans son ciel, nous en profitions, bien sûr, mais cela constituait l’un des mystères les plus énigmatiques de cette planète dont les vrais habitants nous restaient inconnus. Je faisais sur ce monde une drôle de guerre, d’ailleurs c’était bien l’avis de toute les recrues ici. Au début, l’armée galactique avait bien bombardé en masse les rares endroits où l’on pensait enfouies leurs citadelles, on avait là-dessus des cartes précises, voir quelques plans virtuels, mais ces structures résistaient aux pires feux. Le nucléaire un instant envisagé fut abandonné en raison du danger qu’il faisait courir à nos troupes. Déneco résistait d’une façon singulière et lançait contre nous les hordes toujours renouvelées de ses jouets désastreux.
C’est Henr qui a découvert le tank immobilisé, dont le camouflage brun portait de nombreux impacts de brûlures. Il n’y avait aucune trace de la patrouille. Nous ne perdîmes pas de temps à chercher des blessés ou des cadavres, ils étaient toujours absents après une victoire des robots. Je donnais un ordre. Le fusil laser dans les poings, Rota monta sur l’engin pour l’inspecter, il se glissa par la tourelle ouverte avec précaution, pour en ressortir peu-après. Nous le tenions en couverture, le regard rivé sur la moindre anomalie qui surgirait dans les environs. A mon poignet, mon radar portatif n’indiquait aucune présence suspecte, tout juste une agitation, à un bon kilomètre. Il régnait un grand silence autour de nous, dans ce décor fantasmagorique vierge de toute activité humaine, si ce n'est un peu partout les traces bouleversées d'anciens combats. Rota scruta l’engin, l’air dépité :
- « Toutes les structures internes sont inopérantes, démantelées fil par fil. Personne à bord. »
- « Nous rentrons, vite. »

(à suivre)


Dernière édition par le Ven 19 Jan - 12:15, édité 1 fois
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Talbazar



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MessageSujet: Re: SF - Les lunes de Déneco   SF - Les lunes de Déneco Icon_minitimeJeu 18 Jan - 10:56



J’ordonnais ainsi la fin de la mission, l’œil collé à ma montre. Le soir tombait sur cette planète peu hospitalière avec une rapidité déconcertante. On passait du jour à la nuit sans aucune transition. Déjà, les trois lunes inégales de Déneco s’affichaient dans le vaste ciel vert. Bora, la plus grande et la plus lumineuse s’allumerait la première dans l’obscurité étoilée. Un porteur léger nous enlèverait au point 215, à neuf cent mètres de là, c’était convenu. Il leur fallait une surface plane pour atterrir, ce qui n’était pas le cas de ce champ de ruines hérissé de pièges rouillés. Affirmant sans doute les pensées de tous, Henr pestait tout bas, tout en gardant un oeil vigilant autour de lui :
- « J'en ai marre de m'échauffer sur ces mécaniques trop bien huilées. J'aimerais bien tenir au bout de mon flingue celui qui bricole ces engeances du diable. Encore une mission de sauvetage qui échoue, l'orgueil de l'empire prend un sacré coup, ici ! »
Nous avions parcouru deux cent mètres, en nous éloignant du bunker, le terrain était à présent dangereusement dégagé mais sillonné en tous sens de ravines plus où moins profondes. J'ordonnais de presser le pas. Soudain, une sensation horrible à vrillé nos tympans :
- « Des ultras-sons, déconnectez vos écouteurs, vite, un Roll est dans le coin ! »
Nous avons rapidement réglé nos radios pour échapper à l'emprise de ces sons terrifiants qui utilisaient nos fréquences et auraient pu déjà nous tuer, si le Roll l‘avait voulu. En revanche, désormais, nous ne pouvions plus communiquer entre nous. Le Roll à débouché tranquillement devant nous, perché sur ses quatre chenilles asynchrones. Un longue tige munie de caméras tournait sur elle-même à une vitesse rapide, pour lui permettre de voir à 380°. Un oeil humain n'aurait rien distingué au centre d'un tel ballet, mais les caméras sophistiquées du robot voyaient clair et net dans ce tournoiement de toupie incessant. On a tous tiré en même temps, nous l'avons à peine freiné, ce truc était solidement blindé. Il s’est mit a tirer lui aussi de parcimonieux rayons bleus-verts, Jey a été le premier touché, son bras qui tenait l'arme est tombé sur le sol, Henr a reçu un coup de laser argon en pleine poitrine, happé de plein fouet il est tombé face contre terre, mais on pouvait parier qu’aucun organe vital n’était atteint, comme d’habitude. Contrairement à nous, le robot se montrait économe de ses salves très bien ajustées. Rota a foncé vers la droite en gueulant, il tirait comme un fou, mais ses coups peu précis ricochaient sur le métal luisant de l’engin sans vraiment l’entamer, un rayon du Roll lui a enlevé la main. J’ai plongé sans réfléchir au fond d’une tranchée boueuse, tirant moi aussi quelques rafales sans discontinuer, je n’avais pas le temps de balancer un leurre, de toute façon les Rolls sont trop futés pour ça. L’engin, bien que touché, chenillait toujours dans ma direction en fumant, il avait cessé de tirer. Je profitais de ce répit pour réfléchir, mais on s’était laissé surprendre comme des bleus, j’était probablement condamné. Il aurait fallu prendre le temps de combiner nos tirs sur le petit œil rotatif de cette saleté. Je me suis mis à courir à perdre haleine dans le boyau, rétablissant un court instant la com pour demander un appui aérien. Mon oreille droite s’est mise à saigner, j’ai du abandonner l’idée parce qu’une douleur épouvantable me torturait le cerveau. Un choc sonore parfaitement inaudible, qui rendait sourd à la longue. Mes collègues abattus, pas de liaison radio, tapis au fond de mon trou je n’en menais pas large !
Le Roll s’est approché, il s’est montré tout d’un coup au dessus de la tranchée. j’ai tiré sans l’atteindre en visant sa foutue caméra minuscule et endiablée, mais trop tard. La chose aurait pu marcher. Si on aveugle un Roll, on a une sérieuse chance de l’arrêter, c’est son point faible. Il a tiré plus vite que moi, en me coupant la jambe gauche. Je n’ai rien senti, les lasers cautérisent de suite sans douleur les plaies qu’ils occasionnent. Je suis tombé dans la boue, j’ai regardé avec horreur ma jambe gauche qui traînait devant mes yeux, j’ai activé ma balise personnelle de positionnement satellite, tout en sachant qu’elle serait désactivée rapidement et le Roll m’a sans doute endormi.
Je me suis réveillé au bruit d'un brouhaha de voix d'hommes, d'un chapelet de sifflements et d'obscénités. Rota était assis sur mon lit, à l'endroit où aurait dû se tenir ma jambe gauche. Les yeux plongés dans les miens, il tenait son moignon dans sa main valide. Une très belle femme est arrivée en traversant les rangées de lits alignés, une infirmière sans doute, objet de tout ce vacarme. Rota s'est levé à son approche, l'air goguenard, alors que la femme se penchait sur moi :
- « Je te présente Lola, une de leur beautés et apparemment la seule infirmière de cet hôpital charmant. Bien roulée, non ? »
- « Rota Kosh, matricule 2589, cessez vos grivoiseries, je vous prie. Comment allez vous, commandant Micki M'bala, matricule 4725 ? »
La voix de cette blonde était douce et bienveillante, mais je sentais qu'elle me parlait dans le cadre strict de sa fonction, elle n‘attendait d‘ailleurs aucune réponse de ma part. Ses yeux bleus magnifiques n'exprimaient rien d'autre que son souci de vérifier que j'allais vraiment bien, si l‘on peut dire. Elle a soulevé d’un geste un peu sec mes draps isolants pour observer ce qui restait de ma jambe, puis elle est reparti s'occuper de Jey, à trois lits de moi. Lui, il lui manquait le bras droit. Cette fille de l'ennemi avait de bas en haut des mensurations parfaites. De beaux seins fermes et ronds, de fabuleux cheveux frisés et un derrière de folie qui remuait divinement à chacun de ses pas. Rota vint se rasseoir sur mon lit :
- « Votre jambe est perdue, mon commandant, ils ne greffent jamais rien. C'est la cour des miracles du moyen-âge terrien, ici !»
- « Où sommes nous, Rota ? Comment va Henr ? »
- « Je ne l'ai pas revu depuis l'attaque, un coup de laser en pleine poitrine, c'est autre chose, peut-être qu'il est mort. Pour ce qui est de ces locaux, bien malin qui arrivera à les positionner, probablement à trois cent mètres sous la surface, dans un de leur hôpital-prison. Il y a des robots et des caméras partout. On ne s'en va pas d'ici sur un simple coup de tête, je pense ! »
Comme pour confirmer ses dires, un Traceur passa justement au-dessus de nous en rasant le plafond, nous savions qu'il était équipé d'un laser invisible CO2 émettant dans l'infrarouge, un rayon redoutable qui s'attaquait en priorité aux yeux. On ne pouvait rêver pire gardien ! Les locaux où je me trouvais dessinaient un décor austère de murs bétonnés et gris, à la température constante. Autour de moi, je reconnaissais quelques visages, dont ceux des types que nous étions allés récupérer en vain, moins un. Je voyais où je devinais qu'à tous, il leur manquait un membre. Nous nous sommes salués avec émotion, de loin. Il y avait à peu-près une centaine de lits et la plupart de ceux qui les occupaient avait un membre sectionné, parfois deux. Malgré ces handicaps évidents, la douleur était absente de ces corps, il régnait plutôt une sorte d'apathie lycéenne et virile. Une ambiance de casernement fataliste, chacun étant conscient d'être diminué mais encore vivant.

(a suivre)
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MessageSujet: Re: SF - Les lunes de Déneco   SF - Les lunes de Déneco Icon_minitimeVen 19 Jan - 1:14




Plus tard, Lola est souvent revenue, parfois accompagnée du jeune médecin-chef. J'ai longtemps dévisagé ce type de Déneco mais rien ne le différenciait d'un terrien, si ce n'est une beauté ineffable des traits, un beau gosse, en somme. Avec la blonde, ils formait un couple de stars de cinéma, le sourire commercial en moins, c’est la pensée incongrue qui m’est passée par la tête en les voyant s’approcher pour la première fois. Pourtant je ne cachais pas mon ressentiment envers cet ennemi qui m’avait sectionné la jambe et qui lâchait sur nos troupes des engins aussi terrifiants qu’efficaces. Ils nous faisaient une guerre de lâches. Le médecin s'est adressé à Lola dans une langue inconnue, un peu hachée. En les voyant converser ainsi, je me suis dit que c'était une information intéressante qui aurait passionné l’état-major de l'empire. Il s’est attardé un instant devant mon lit, juste une minute, puis il à terminé son inspection sans dire un mot. Deux nouveaux Traceurs vigilants bourdonnaient dans son dos, sans doute pour lui offrir un maximum de protection. Sans ces gardiens qui planaient dans la pièce, nous aurions tous ici tué à main nue ce type sur le champ, avec un certain plaisir. Enterrés comme nous l’étions, nous n’avions plus la notion des jours et des nuits, mais ils éteignaient les lumières à un intervalle régulier qui semblait respecter l’ordre naturel de Déneco : des journées de dix heures.
Outre Lola et ce médecin-chef qui répondait au nom de Gil, nous recevions de temps en temps la visite d’autres assistants et docteurs, quatre où cinq, tous du sexe masculin et ils avaient les traits du visage aussi lisses que des gravures de mode. Les gens de Déneco étaient plus esthétiques que leurs saloperies de robots, c’est la réflexion que j’ai faite à Rota et Jey, un jour que nous recevions l’une de leurs visites :
- « Lola je veux bien, mais les autres, j’en suis pas mon gars ! » m’a répondu Rota avec son franc-parler.
-  « Je les trouve un peu bizarre, non ? Jamais un mot qui dépasse le service... On est prisonniers, c’est bon, on a compris ! Et cette manie de nous rappeler tout le temps nos numéros de matricules... On les a tous tatoués sur le cul depuis notre engagement, on les connaît ! »
- « Ils ont sans doute des ordres pour réagir comme ils le font. Après tout, on n’a pas traité les vaincus de l’empire beaucoup mieux qu'eux, nous autres. »
-  « Quand même, cette Lola, elle est aussi érotique à l’extérieur que froide comme un serpent à l‘intérieur. »
- « C’est parce que tu sais pas t’y prendre, Micki ! »
Là dessus il s’est contenté de me taper sur l’épaule de la main qui lui restait en me gratifiant d’un clin d’œil complice. Rota était un combattant courageux et émérite, mais c’était avec les femmes un type très frustre. Un macho, quoi. De temps en temps, ils venaient chercher l'un des nôtres qu'on ne revoyait plus, sans explication. Un jour qu'on est venu chercher Jey et qu'on se demandait une fois de plus où ils l'emmenaient, un gars a estimé bon de faire le malin:
- « Peut-être bien qu'ils vont le bouffer ! »
Mais cette remarque idiote n'a fait rire personne. Rota gambergeait des plans d'évasion, il s'était fait quelques copains prêt à tout pour quitter ce bunker, même à mourir en soldats, mais tout le monde savait pertinemment qu'une évasion, par essence vouée à l'échec pour des valides, le serait d’autant plus pour des handicapés ! Nous ne savions même pas dans quel secteur géographique de Déneco nous étions, ni où exactement nous étions retenus prisonniers... En fait, nous ne savions rien de ces gens à qui nous faisions la guerre. On nous nourrissait de nourritures très énergétiques mais incroyablement fades, on nous changeait les draps deux fois par semaine, on nous habillait d’étranges tuniques fluorescentes renouvelées aussi souvent que nous en faisions la demande. La monotonie de ces courtes journées minaient le moral de beaucoup. Nous avions tous au fond du cœur la regret de la terre. On avait donné une guitare à un gars doué et Lola et Gil venaient toujours dans la salle quand ils entendaient les accords fuser. Toutefois, contrairement à nous, ils ne semblaient pas troublés outre-mesure par les belles mélodies. Ils semblaient juste intensément fascinés par le jeu des mains du soldat sur les cordes, avec un souci apparent d’analyse, alors que tout autour, nous chantions à tue-tête en tapant dans les mains. Lola et Gil ne sortaient jamais devant nous de leur réserve glacée, bien que les rondeurs aguichantes de Lola en excitaient plus d’un parmi les blessés. Il y eu encore de nouveaux arrivants pour occuper les lits laissés vacants, tous aussi vilainement amochés. Un soir, Rota s'est assis sur mon lit, il était persuadé qu'ils écoutaient chaque conversation, alors il m'a tendu un bout de papier toilette griffonné, en me recommandant à l’oreille de le lire discrètement sous les draps, pour me cacher des Traceurs :

Quand ce sera mon tour d'être emmené, où le vôtre, il faut trouver une solution pour s'évader, n'êtes vous pas d'accord, commandant ? J'ai appris que les Traceurs fonctionnent en réseaux, si nous détruisons le central, ils seront inopérants, c'est un premier acquis. Il faut trouver des armes. Nous n'avons rien à perdre. J'ai toujours ma montre, elle est équipée d'un système radio miniaturisé, une gâterie de l'empire pour service rendu, je l'ai bien caché. Heureusement qu’elle était au poignet qui est resté en place !
Contrairement à vous, je n'ai pas perdu connaissance, je les ai bien eu sur ce coup là. Je ne pense pas avoir assez de puissance pour attraper les fréquences de nos bases aériennes, mais ici, entre nous, Micki, nous pouvons communiquer. L'un de nôtres, Araz, en possède une autre, elle peut servir de récepteur. Vous voyez, commandant, nous pouvons essayer quelque chose ! Micki, il faut qu'on se tire de là !


(a suivre)
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MessageSujet: Re: SF - Les lunes de Déneco   SF - Les lunes de Déneco Icon_minitimeVen 19 Jan - 12:08



Rota était de ces types qui ne s’avouait jamais vaincu, un guerrier dans l’âme, avec une énergie à toute épreuve. Mais ses rêves tenaient plus du vœu pieu que du sens des réalités. Ce bunker n’était sans doute qu’une petite partie d’un complexe géant fourmillant de robots assassins, sans parler des habitants en chair et en os ! J’ai avalé discrètement son message, en souriant à Rota. J’ai dit O.K. parce qu’il n’y avait rien d’autre à dire et que les illusions de Rota étaient une chose parfaitement légitime. Moi, je me contentais de savoir que j’avais une jambe en moins. C’était suffisant pour calmer mes ardeurs, fut-elles patriotiques.
Et puis, une semaine après cette histoire avec Rota, ce fut mon tour. Rota a compris tout de suite, il a vivement échangé ma montre au poignet par la sienne, en y mettant une discrétion de conspirateur. Ils nous enlevaient nos balises personnelles de positionnement, mais pas les montres. Lola n'a rien remarqué, beaucoup de types avaient gardé leurs montres, peut-être ceux de Déneco y voyaient un repère psychologique important pour notre moral. Quand même, je n'en menais pas large, parce qu'une radio, si petite soit-elle, c'est une chose facile à déceler pour le robot le plus stupide. Je ne pouvais pas deviner que l'empire avait fait les choses bien et que cet émetteur intégré miniaturisé était d'un matériau à priori indétectable. Juste un instant, je me suis mis à y croire. Rota avait ouvert le micro en me mettant la montre, il a regardé Lola pousser mon lit vers la sortie, un pli mauvais au coin de la bouche en guise de sourire à la jeune femme :
- « Bon courage, mon commandant, bonne chance à vous et à bientôt ! Et puis dites bonjour à Henr et Jey, quand vous les verrez »
Lola coupa court, avec sa froideur habituelle :
- « Cela suffit Rota Kosh, matricule 2589, veuillez rejoindre votre place »
Je suis resté allongé sur mon lit, un Traceur ne me quittait pas de son objectif luisant. Lola s'est placée devant la porte. Contrôle rétinien, à coup sûr, on l'avais déjà subodoré entre nous plusieurs fois. La porte à glissé sans bruit pour s'ouvrir sur un immense couloir. Je lisais des chiffres sur les murs que je commentais à chaque fois à haute voix :
- « XP 415 < gauche, GTR 321 > droite, 78 tout droit, 123 > droite. »
- « Qu'avez vous commandant Micki M'bala matricule 4725 ? Taisez vous je vous prie ! »
Mais je commençais à me prendre au jeu, je continuais ma litanie en me demandant comment elle allait s'y prendre pour me faire taire. Malgré son ton de plus en plus menaçant, j'étais prêt à tout pour donner aux autres la chance de prendre des repères dans le vaste labyrinthe où nous étions confiné.
- « Commandant Micki M'bala, matricule 4725, Je vous demande de vous taire ! »
- « Ascenseur k 5, < gauche »
- « Commandant Micki M'bala, matricule 4725, Vous devez vous taire ! »
Gil est venu nous rejoindre avec un inconnu. Lola m'a finalement giflé violemment, avec une force insoupçonnable chez elle et je me suis mis à saigner un peu de la lèvre. Ce contact très rude m'a mis en alerte d'une façon indéfinissable, parce que je me suis rendu compte que Lola ne m'avait jamais touché auparavant, ni moi ni les autres, d'ailleurs. Nous étions apparemment arrivé au but. A cette constatation, au fait que j'avais balisé l'intégralité de mon parcours, un sentiment de joie m'a parcouru, l'impression d'une immense victoire, malgré ma position délicate et l'inconnu qui pesait sur ma destinée. On m'a laissé un instant seul dans une pièce étroite qui sentait le chloroforme. J'entendais dans le couloir des bruits de voix, dans cette langue étrange qui ne ressemblait à rien de connu en usage dans l'empire. Je fut introduis dans une autre pièce plus vaste, encombrée de matériel médical, voir chirurgical. Sur une table, je vis traîner avec stupeur une grosse bible terrienne. C'est aussi là que j'ai retrouvé Henr, son cadavre était posé nu sur un brancard. Un peu choqué par cette découverte je me suis levé péniblement sur ma jambe valide, en prenant appui sur mon lit, pour m'approcher de lui. Je me suis assuré qu' Henr était bien mort. A côté de la petite cicatrice inoffensive laissé par le laser du Roll, une longue incision mal recousue lui barrait la poitrine du menton jusqu'au bas-ventre. Je vis aussi que son crâne avait été découpé et refermé proprement au laser. Mais la vie l'avait quitté et il montrait tout les signes apparents d'une autopsie post-mortem, enfin je l'espérais pour lui. Je racontais aux autres tout ce que je voyais, il me semblait que je n'avais plus rien à perdre et j'étais stimulé par la vision de ce frère d'arme avec qui j'avais partagé tant de missions.
Je n'eus pas le temps de m'apitoyer davantage sur le sort funeste de Henr, Gil et l'autre inconnu sont revenus pour me sangler sur une sorte de fauteuil de dentiste, avec une forte lampe qui dardait sur moi une puissant lumière. Gil invita l'autre à venir à mes côtés, ils se tenaient debout de chaque côté de moi, avec une attitude très raide. Gil prit le premier la parole, il avait les évangiles dans la main :
- « Commandant Micki M'bala matricule 4725, pouvez-vous nous en dire plus sur ce passage que je vais vous lire :

Jn- 2.20
(...) Les chefs lui disent :
«Il a fallut quarante-six ans pour construire ce temple,
et, toi, tu le reconstruiras en trois jours !»
Mais lui, quand il parle du temple,
Il veut dire son corps. »


- « Eh bien, je ne suis pas théologien, je pense qu'il s'agit du corps sacré de Jésus que les chrétiens considèrent l’incarnation de Dieu.»
- « Commandant Micki M'bala matricule 4725, Dieu est-il le nœud central du contrôle terrien ? où se trouve exactement votre âme ? »
- « C'est une vaste question ! »
- « Commandant Micki M'bala matricule 4725, répondez ! »
- « Eh bien l’âme est une sorte d’entité spirituelle, qui n'a pas de forme, c'est une question difficile à débattre pour un simple soldat ... »
L'inconnu qui observait depuis le début sans rien dire me cita un nouveau texte saint de mémoire, sans me citer la source, sans me donner mon matricule :

- « Je m'adresserai aux ossements, comme j'en avais reçu l'ordre et aussitôt un bruit se produisit, les os se rapprochaient les uns des autres. Sous mes yeux des tendons se formaient, de la chair poussait. La peau s'étendait. Mais dans ces cadavres il n'y avait pas encore d'esprit.

Micki, pouvez-vous nous dire où se trouve cet esprit, dans quelle partie de votre corps se situe votre âme ? »
Je n'osais pas comprendre ce que je devais déduire de ces questions, mais je fis le rapprochement avec le pauvre Henr, ces types l'avaient charcuté dans l'espoir de découvrir son âme, l'insistance de Gil et de l'autre m'en donnait l'évidente et effroyable certitude ! A tout hasard, je répondis, avec une vague réminiscence de la religion, bien que je n'ai pas moi-même reçu une éducation particulière en ce sens :
- « Jésus promet d'envoyer le Saint Esprit à ceux qui l'aiment »
Je savais que Rota entendait tout ce que je disais, il devait rire en ce moment à gorge déployée ! Lola s'est tourné un peu près de la table, elle préparait une seringue en la remplissant d'un liquide ambré, j‘étais certain qu‘elle me la destinait. Je ne riais plus, parce que je devinais que ces types allaient me disséquer pour partir à la recherche de mon âme. C'était sans doute le sort de tous ceux qu'ils avaient emmené avant moi dans cet espèce de labo. Je ne devais plus compter revoir Jey vivant. Lola s'est approché d'un Traceur placé près d'elle, le truc s'est immédiatement posé sur le sol, inerte et silencieux, lumière éteinte. Alors, sans doute, mon raisonnement à dû être décuplé par l'imminence du danger que courait ma vie.

(a suivre)


Dernière édition par le Dim 21 Jan - 12:16, édité 1 fois
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Talbazar



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MessageSujet: Re: SF - Les lunes de Déneco   SF - Les lunes de Déneco Icon_minitimeSam 20 Jan - 11:58


Comme un puzzle qui se met en place après que l'on ai longuement examiné les pièces éparses, je recoupai toute les informations ingérées inconsciemment jusque-là et j'ai tout compris. Lola était le central commandant aux Traceurs, sa froideur, les gestes mécaniques de Gil, sa beauté standardisée : ceux là étaient des robots à forme humaine, des androïdes ! J'ai demandé à Gil de me prendre la main, que peut être ainsi je pourrais faire passer en lui une partie de mon âme. Un peu réticent, il a regardé l'inconnu et sur un signe de celui-ci, il a obtempéré. Sa peau était plus froide que celle d'un reptile, j'avais confirmation de mon analyse. L’inconnu m’avait appelé par mon simple prénom, sans me donner mon matricule, celui-là évolue, j’ai pensé, c’est un chef, un androïde de classe supérieur. J'ai parlé assez haut et fort, pour que Rota m'entende clairement :
- « Vous êtes des robots, des machines, Lola commande aux Traceurs, il n'y a probablement pas d'humains sur Déneco. Vous là, comment vous appelez-vous ? »
Il y eut de leur part une sorte d’hésitation, chez des humains on aurait peut-être parlé d‘étonnement. Lola posa sa seringue sur la table sur un nouveau signe de l’inconnu, qui reprit la parole :
- « Je m’appelle Ocened, comment avez-vous deviné ces choses, quel est l’élément principale qui a fondé votre réflexion, Micki ? »
Tout supérieur qu’il fut, j’avais en face de moi une simple et vulgaire machine à figure humaine. Comme Rota et les autres étaient maintenant au courant et qu’ils écoutaient toujours, je ne résistais pas au plaisir de lui faire une réponse toute militaire :
- « Parce que mon âme est plus belle que ton c... ! »
Lola à fait un pas en avant :
- « Commandant Micki M'bala matricule 4725, cessez ces grivoiseries ! » 
Mais elle porta tout d’un coup son attention ailleurs, vers un écran proche situé derrière elle. Elle parla aux deux autres dans sa langue incompréhensible et quitta précipitamment la salle, après avoir réactivé, sans le toucher, le Traceur qui se colla docilement au plafond. J’interpellais Gil et Ocened :
- « Savez-vous que lorsque que l’on augmente la connaissance d’un homme, son âme grossi en fonction des nouveaux éléments qu’il reçoit ? La bible ne parle t'elle pas de la connaissance de Dieu qu’il nous faut acquérir pour le salut de nôtre âme ? Vérifiez, si vous doutez ! Ocened, combien êtes-vous sur Déneco, quel est le nombre exact d‘Androïdes sur cette planète, de toute façon je ne survivrai pas à vos manipulations, ce n‘est pas de cette façon que vous aurez un idée de mon âme ! Combien de fois avez-vous échoué déjà ? Réfléchissez : me mentir ne servirait à rien mais si vous m‘informez, si je le désire ardemment, mon âme grossira dans mon foie en fonction de la qualité de vos réponses, vous pourrez le constater facilement. »
Ocened se rapprocha de mon visage, Gil restait en retrait, aussi impassible qu’une statue, comme à son habitude :
- « Que voulez-vous apprendre ? »
- « Je vous l’ai dit, combien êtes vous exactement sur ce monde, il y a t’il des armes dans cette salle ? Lola est-elle vraiment le nœud du réseau des Traceurs ? Etes-vous un robot supérieur, un chef ? »
- « Ce sont des informations auxquelles vous ne pouvez avoir accès. Je suis désolé. »
- « Vous ne pouvez pas être désolé. Vous êtes une machine sans âme. Vous allez échouer une fois de plus parce que votre protocole est mauvais. Nous vous sommes infiniment supérieurs, nous avons une âme, mais vous pouvez la découvrir, si vous accédez à ma requête. Soyez en certain. »
-  « Il n’y a plus d’humains sur Déneco, nous sommes dix androïdes sur Déneco, je suis le cerveau central du réseau, de tout le réseau, il y a quatre de vos lasers krypton utilisés pour étude dans cette armoire (il me la montra du doigt), Lola est le nœud contrôle des Traceurs de sécurité.  »
J’ai pensé : voilà du pain béni pour Rota et les copains, même si ce gus devait m’ouvrir de bas jusque en haut ! Je restais pour ma part obsédé par l’armoire aux lasers et je savais que tout ce que ce robot m’avait dit était certainement vrai, qu’il pouvait retenir une information, mais pas mentir. Il y eut une agitation dans les couloirs, trois faux infirmiers pénétrèrent dans la salle et repartirent de suite suivis de Gil. On me laissa ainsi seul avec Ocened, qui se contenta de s’asseoir sur la table sans rajouter un mot. Je jetais un oeil au plafond, le Traceur était passé au rouge, en état d’alerte. Deux Bolies roulèrent dans les couloirs, des saletés explosives que j’avais déjà affronté à la surface. Elle possédaient un pilotage thermique très dangereux pour un humain thermostaté à 37° C. Ces boules se guidaient à votre rayonnement infra-rouge et roulaient vers vous en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, avant de vous éparpiller en morceaux. C'étaient les seuls robots de Déneco qui tuaient à coup sûr. Elles m'avaient certainement repéré, mais je pense qu' Ocened leur a donné l'ordre mental de ne pas me sauter dessus. J’ai hurlé, à l'attention de Rota :
-  « Des Bolies ! »
Ocened s’est levé, il m’a regardé sans expression, mais je devinais que ses circuits fonctionnaient à plein régime. Il s’est approché puis il m’a arraché ma montre sans ménagement avant de l’écraser sur le sol d’un seul coup de pied. Compte tenu de l’extrême solidité toute militaire de cet objet, la puissance du talon d’Ocened devait être considérable.
-  « Vous n’auriez pas dû, je vais devoir éliminer tous vos semblables. »

(a suivre)
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Talbazar



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MessageSujet: Re: SF - Les lunes de Déneco   SF - Les lunes de Déneco Icon_minitimeDim 21 Jan - 12:09



Ses grands yeux bruns reflétèrent la lumière de la lampe en lueurs furibondes, mais je savais que ce n’était qu’une illusion de mes propres émotions. Pendant ce temps, dans le dortoir que je venais de quitter, Rota ne restait pas inactif. Prenant la direction des opérations au moment où je quittai la salle, il avait donné l'ordre à Araz de rester en contact radio à l’aide de sa propre montre, attentif à tracer un plan de mon trajet. Quand il apprit la vérité sur Lola, il poussa la chambrée à produire un vacarme de tout les diables, en hurlant à tue-tête. Il savait que cela ferait la ferait venir à coup sûr, sans mettre les Traceurs en action, programmés seulement pour des gestes agressifs ou suspects, des tentatives d’évasion peu subtiles où des agressions caractérisées sur les toubibs. Lola arriva effectivement, accompagnée des trois infirmiers et de Gil. Elle était pour Rota l'objectif numéro un. Il y avait six aveugles dans le dortoir, on les poussa sur Lola, pendant que tout ceux qui pouvaient marcher se jetèrent sur les quatre autres androïdes. Les trois Traceurs de la salle entrèrent immédiatement en action, brûlant atrocement les yeux de ceux qui cramponnaient Lola. Mais peut-on perdre ce que l’on n’a plus ? Les gars souffrirent atrocement, c'est sûr, mais ils ne lâchèrent pas Lola. Celle-ci se défendit âprement, avec sa force inhumaine, pourtant tous ceux qui étaient à proximité s'acharnèrent sur elle avec leurs béquilles et tous les objets disponibles. Là, les Traceurs firent un plus de dégâts et de nombreux gars tombèrent sur le sol hurlant car ils venaient de perdre la vue. Finalement, Lola fini par avoir la tête et le reste en charpie, en dépit de l’enveloppe solide qui la recouvrait. Cognant sans relâche sur l'épave moribonde, les hommes l’injuriaient copieusement de phrases indécentes, vomissant des mois de frustration. Deux Traceurs s’éteignirent et tombèrent sur le sol en grésillant. Ce fut un cris de victoire lancé par les voix unanimes, quand Lola cessa enfin de s’agiter :
- « Aton Bulo, matricule 7896, cessez ces grivoiseries ! Sergent Fili Otto, matricule 123, cessez ces grivoiseries ! Yva Fittu, matricule 3789, cessez ces gri... »
Lâchant un dernier rayon invisible, le dernier Traceur s’éteignit avec l’existence de Lola et tomba brutalement sur le sol, l'androïde était maintenant complètement déchiqueté par les hommes qui utilisaient même leurs dents. Les infirmiers gisaient de même sur le sol, les circuits mis à l’air, sur lesquels s‘acharnaient encore quelques revanchards haineux. Gil n'était plus qu'un amas de fils et de pistons informes qui lui faisaient encore plier les doigts faiblement. L'union venait de faire la force, bien qu'il y eu hélas parmi les hommes de nombreux nouveaux aveugles. Rota arracha non sans mal l’un des yeux artificiels de Lola, qu’il courut présenter à la porte. Celle-ci s’ouvrit aussitôt dans un nouveau cri de victoire. Les plus valides prirent la tête d’un étonnant cortège, galvanisé par cette première victoire. Rota tenait dans ses mains le morceau de papier toilette sur lequel il avait tracé le plan que j’avais dicté. Bottant un inoffensif Traceur qui traînait sur le sol, il prit l’ascenseur avec sept où huit unijambistes, laissant les nombreux manchots monter les marches en masse, freinés par un rythme lent qu’obligeaient certains handicaps, se soutenant les uns et les autres, portant en se relayant ceux qui n’avaient plus de jambes du tout. En haut de l'escalier, une Bolie à bondi sauvagement sur les premiers arrivants avant d’exploser dans le couloir, dans une déflagration d’horreur sanglante qui fit une dizaine de morts, mais Rota est enfin parvenu jusqu’à moi. Ocened semblait sous le coup d’une sorte de torpeur étrange, toutefois je savais qu’il était en train de programmer la riposte de tous les robots de Déneco et cette idée ma laissé un sentiment effroyable. Finalement il s'est réveillé en se précipitant vers l’armoire, sans doute dans le but de se saisir d’un des laser qui s'y trouvaient. J’ai pensé que sa première salve serait pour moi. Rota s'est jeté à son tour sur l’armoire ouverte, déstabilisant Ocened d’un furieux coup d'épaule pour se servir le premier, puis il s'est emparé promptement d’un laser qu’il a essayé malhabilement d’armer de sa main valide. Ocened manquait de souplesse, mais sa force était en revanche redoutable, j’ai crains un instant pour la vie de mon camarade, pourtant Rota lui a balancé à la volée une giclée de son laser en pleine tête. J’ai senti fuser près de moi le souffle chaud du rayonnement. Ocened est resté chanceler debout un instant, la tête en fusion, puis il à basculé en avant en fumant de ses circuits calcinés. Une Bolie s’est présenté devant la porte, mais la bille d’acier ronde et polie a stoppé net au moment où Ocened touchait le sol. Rota me détacha rapidement :
- « Ravi de vous revoir en vie, mon commandant, il nous faut regagner la surface, ce n’est pas fini ! »
Il se trompait. La fin d’Ocened signait la fin de Déneco. Quand nous nous sommes déplacé au hasard pour remonter, nous avons trouvé à intervalles régulier des Aracnes immobiles, des Rolls dont les caméras s’étaient finalement éteintes, des Bolies inertes, de dangereux Fugs posés sagement contre les murs, une multitude de Traceurs désactivés. Nous avons découvert les unités de fabrication des robots arrêtées. En surface, sur les champs de batailles, toute les patrouilles firent face au même phénomène, tout les robots de ce monde s’étaient figés dans la même inoffensive immobilité et notre guerre sur ce monde s’arrêta. Revenus enfin sur la terre, Rota et moi fûmes promus Généraux croix cristal et nous reçûmes chacun des prothèses admirables. Je passais souvent du temps au domicile de Rota, en attendant de quitter l’armée de l’empire sur ces lauriers si étrangement gagnés. J’ai trinqué un jour avec lui à ces heures risquées passées dans l’espace lointain. Il plissa les yeux en se séchant les lèvres sur sa manche, tous général qu’il était à présent :
- « Cette Lola, quand même, elle avait... »
Je l’ai coupé avant qu’il ne finisse sa phrase :
- « Rota, des fois je me demande si tu as bien une âme ! »

FIN
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