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 JE VIENS DE MARS...ET VOUS ?

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aubert



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MessageSujet: JE VIENS DE MARS...ET VOUS ?   Lun 21 Mar - 22:50

JE VIENS DE MARS… ET VOUS?

Par

Aubert Bruno





Vous est -il déjà arrivé de vous trouver à plusieurs milliers d’années lumières de chez vous? Si tel n’est pas le cas il me faudra peut-être vous donner d’abord quelques explications sur les origines de mes tribulations. Nous autres martiens sommes de grands voyageurs, nôtre code génétique nous permet de couvrir des distances au-delà de l’imagination humaine sans nous soucier le moins du monde du facteur temps.
La banlieue de Jupiter est plutôt agréable en cette période astronomique et la périphélie martienne est des meilleures, tous les martiens vous le diront.
Je me prénomme Kronus et je suis un citoyen pour le moins ordinaire, mon histoire est celle de milliers d’autres martiens. Nous sommes un peuple pacifique…enfin le sommes nous devenu…un peu par cette force des choses qui commande à l’univers. A ce propos, vous êtes vous jamais demandé si le surnom de « planète rouge » que vous avez donné à mon monde n’appartenait pas à quelque sanglante mémoire à jamais gravée dans vos gènes.
Mais revenons à nos moutons ainsi que vous le dites si bien. Comment voyageons nous? La question est assez déconcertante je dois l’admettre tant la simplicité de la réponse est évidente! Le procédé n’est pas nouveau.
Rien que de très naturel pour nous autres que de voyager d’une galaxie à une autre. Le principe est en lui-même si peu compliqué qu’il n ‘est pas un enfant martien qui ne sache le mettre en pratique et bien qu’il date un peu je vous le concède, il n’a cessé d’être amélioré au cours des dernières décades ( je parle ici en temps martien ). La valeur de nos ingénieurs n’a plus besoin d’être démontrée. Leur science a fait merveilles et le miracle quantique nous a ouvert la voie des étoiles lointaines.
Oh nous ne déplaçons pas le temps comme vous pourriez bien naïvement le supposer mais tout simplement l’espace dans lequel nous nous trouvons. Mais je ne vous apprend rien de bien nouveau je pense et je m’en voudrais de faire affront à vôtre intelligence.
Les véhicules à bord desquels nous voyageons n’ont d’autres limites que celles auxquelles nous souhaitons les conformer pour nos besoins et nôtre confort.
Dès lors, l’univers lui-même devient un vaste champ sidéral constellé de myriades de soleils, un théâtre grandiose où chaque instant à valeur d’éternité. Tenez, je me souviens encore de ma toute première traversée de la galaxie, aussi clairement que si celle-ci venait de s’achever à l’instant même. Je venais de réaliser le rêve de tout jeune astro-navigateur martien. N’allez surtout pas croire que nous autres martiens sommes des gens futiles; rien ne serait plus éloigné de la vérité. Mais il faut dire que nombre d’entre nous sont mus de bien belle façon par les intérêts communs de l’aventure et de la science.
De fait, nôtre histoire est commune à celle de tous les peuples de ce secteur galactique. Nos origines cosmiques sont indissociables, l’historien que je suis en a depuis fort longtemps établi la preuve incontestable et c‘est à dessein que mon pèlerinage s‘est achevé ici. Que dire qui n‘ait pas encore été dit? Sinon que la terre est infiniment plus belle que dans mon souvenir. J’avais oublié, honte à moi, la blancheur cotonneuse de vos nuages et …mais vous avez raison je m’écarte un peu de mon propos. La raison première de ma visite était de clore un sujet sur lequel nos politiques martiens n’ont eu de cesse de mesurer leur adresse oratoire; les terriens représentent ils une menace pour le reste des peuples de nôtre galaxie?
Oui je sais, cela peut prêter à sourire mais gardons nous de toutes formes de désinvolture à l’égard de qui peut nous sembler inoffensif. Il n’est de plus grand ennemi que l’excès de confiance en soi selon un de nos plus éminent penseur. Opinion que je partage sans aucune ambiguïté ni mesure avec ce docte personnage.
Cependant soyez assuré que je ne vous compte pas au nombre de ces belliqueux consanguins dont les ancêtres furent jadis débarqués sur ce monde.
Mais bien sûr cette histoire date un peu pour vous autres terriens d’origine et il se pourrait même que son souvenir se perde dans les limbes originelles, celles qui précèdent toujours les grandes réalisations.
Souffrez donc que j’apporte ici quelque lumière à mon récit. Il y a longtemps, très longtemps, si longtemps que les étoiles seules en furent témoins, nôtre espèce encore jeune fut à l’origine d’un drame aux proportions cosmiques. Bien sûr vous admettrez qu’il n’y a pas de sagesse sans égarement et nôtre exemple tragique en illustre la douloureuse morale.
Nous en étions encore à l’apogée de nous-même, arrogants et dominateurs comme savent l’être ceux dont la loi n’a pas encore connu la cuisante disgrâce des vaincus. Hélas, il n’est de race conquérante qui faute de territoire nouveau ne finisse par se vouloir soumettre à elle même. Et c’est ainsi que nôtre goût pour la guerre devint la principale source de tous nos enjeux. Nous étions les enfants d’un monde de splendeurs et de grâces célestes. Nibiru, ainsi qu’elle fut nommée, était une planète d’une beauté si parfaite qu’elle ne semblait exister que pour matérialiser, permettez que j’emprunte ici un lieu commun à vôtre imagerie, le paradis terrestre tel que vous, terriens, n‘avez cessé de vous le représenter à défaut d’y avoir vôtre place.
Apprenez donc qu’en ce même en paradis, la discorde eût droit de cité et qu’il est des appétits si méprisables qu’il est parfois préférable de mourir de faim.
Nibiru la belle était la dixième planète d’un système qui n’en compte plus que neuf aujourd‘hui comme vous le savez .
En un instant tout fut joué.
Le rêve Nibirien prit fin au cours d’une seule et funeste nuit. Imaginez un cauchemar aux proportions de dix mille holocaustes, imaginez les cris d’un monde qui se déchire.
Nul ne peut dire avec justesse qui des fidèles de l’Unité primordiale ou des partisans du hiérarque autoproclamé appelé Bélial ouvrirent grand la porte à ce fléau cosmique, sans doute les deux factions eurent elles leur part de responsabilité dans ce désastre sans précédent, mais il importe peu de savoir à présent lesquels d’entre eux furent le plus à blâmer tant le cataclysme qui les emporta tous les unis définitivement dans l‘horreur.
Voilà ce qu’il advient des peuples dont le destin oscille entre la stérilité politique et l’obscurantisme religieux. Il ne devrait y avoir jamais de savoir sans mesure.
Fort heureusement les nombreuses colonies nibiriennes, sur Mars et Vénus notamment, assurèrent à l’espèce une pérennité suffisante à sa survie. Malheureusement non exemptes de défauts les nouvelles sociétés durent s’affranchir des anciens préjugés et de leurs divergences.
Tout cela donna suite à un épisode malheureusement fort peu honorable au cours duquel l’on chassa impitoyablement tous les éléments rétifs à l’abolition des vieilles règles.
Dans les premiers temps qui succédèrent au désastre quiconque était convaincu d’appartenir à l’une ou l’autre des deux castes qui avaient précipité la destruction de Nibiru était sommairement exécuté… et le sang coula une nouvelle fois; il n‘en fallait pas moins pour abreuver les foules hirsutes, avides d‘injustice au nom de quelque parent ou ami à jamais perdu .
En sa qualité de première colonie Nibirienne Mars fut tout particulièrement exposée et traversa ses heures les plus sombres sous l’égide de sicaires plus habiles à poursuivre les desseins du démiurge qu’à soustraire les foules au chaos qui s’était emparé d’elles.
Le mal gagna Vénus et les restes moribonds d’un empire qui en des jours de gloire désormais oubliés avait promis de s’étendre à l’univers tout entier.
Dévorant chaque atome de vie d’un insatiable appétit il se répandit sur des trilliards de parsecs à la ronde avec une malice démoniaque, gagnant à son horrible cause jusqu’aux plus pacifiques des Nibiriens. Il n’y eut bientôt plus une planète habitée qui ne connut la guerre et sans doute en aurait il été ainsi jusqu’ à l’extinction totale de l’ancienne race des seigneurs si l’un d’entre eux n’avait envisagé de reconsidérer les origines de ce mal, sous un aspect disons plus… génétique.
Nibirien de pure souche, Lothar, par un de ces hasards incongrus qui président parfois à la destinée des hommes, était natif de Proxima du Centaure. Ses recherches et ses théories avaient acquis force renommée à l’époque où Nibiru la belle régnait encore sur les étoiles.
Pour aussi peu acceptable que l’idée pu paraître en ces temps lointains et j‘admet bien volontiers qu‘elle ne l ‘est guère davantage aujourd‘hui, Lothar eût à cœur de la défendre afin de préserver autant qu’il le pourrait les quelques rares bastions non encore corrompus par l’expansion du mal. Usant d’un procédé connu de lui seul, il isola donc la souche du fléau comme on l’aurait pu faire du plus virulent des microbes.
Malheureusement, ses idées pour la première fois se butèrent à l’incrédulité de l’inacceptable évidence. A l’énoncé de son hypothèse le nom de Lothar fut premièrement mis en disgrâce et menacé de bannissement comme l’aurait été celui d’un criminel.
Une bien étrange façon de traiter les génies visionnaires propre aux incurables Narcisse de la science, si vous me permettez cette digression pour ce que je sais de l’histoire humaine, il me semble me souvenir d’un certain Galilée qui chez vous n’eut pas la bonne fortune de se dérober au fanatisme de ses pairs.
Rendons grâce à la sagesse des dieux cosmiques qui dans leur grande clairvoyance avaient doté Lothar d’un entêtement passionné sans commune mesure. Armé de sa seule détermination, il brava les plus hautes autorités et fit face sans jamais faillir dans sa foi aux arguments les plus retors que lui opposaient ceux qui avaient d’abord encensé sa jeune carrière et vu en lui un éminent confrère en devenir.
De telle sorte qu’il eut à essuyer de nombreux revers, tant l’âpreté de ses censeurs se faisait chaque jour un peu plus féroce. Mais notre homme était ainsi forgé qu’il n’abdiqua ni peu ni prou et finit même par retourner en sa faveur une situation qui j’en suis sûr aurait brisé plus d’un homme de moins bonne trempe.
Je me plais donc à penser que certains n’ont d’autre destin que celui d’être exceptionnel et dame si quelqu’un méritât un jour d’être considéré comme tel c’est bien nôtre brave Lothar.
La partie était somme toute fort bien mal engagée pour lui lorsqu’un événement considérable, dans la portée de ses conséquences, joua le rôle inattendu du révélateur, en mettant à jour le dénominateur commun qui reliait entre eux l’ensemble des élément responsables.
Lothar avait toujours soutenu que le mal qui avait conduit les nibiriens à leur perte était d’origine génétique. Il professait qu’il s’agissait d’une déviance génomique que le fil des générations rendait incurable. Bien évidemment cette péroraison enflamma les rangs de ses adversaires et donna lieu de leur part à un acte aussi déraisonnable que désespéré. Ne trouvant plus d’arguments à opposer à ce qu’ils qualifiaient d’extravagances ils ourdirent la plus maligne des machinations avec pour dessein méprisable de retourner cette invraisemblable théorie contre son auteur.
Le débat avait atteint le point culminant et outrepassé la limite ténue du scandale. On exhorta le centaurien; avec force railleries sur son ascendance nibirienne, à produire in petto des preuves irréfutables. Ceux qui le fustigeaient ajoutaient perfidement qu’il n’y avait rien de surprenant dans la tragédie cosmique qui s’était jouée, dès lors qu’un pur élément de cette race pouvait à lui seul engendrer un chambardement à même de conduire la société la plus civilisée au bord de l’explosion. La somme de ses congénères ne pouvait avoir un effet moindre.
Sans se départir jamais du flegme qui le caractérisait, Lothar ordonna que l’on prélève un échantillon sanguin sur chacun des membres de l’assemblée, à commencer par lui.
Cette initiative fut saluée par un tollé unanime au chœur duquel s’associaient l’indignation et toutes les émotions contradictoires de l’égo.
Le verdict fut sans appel, les analyses ayant démontré le bien fondé de ses arguments tous les généticiens s’accordèrent pour valider la théorie de Lothar et c’est sur le champs que l’ on décréta la loi martiale pour l’ensemble des mondes « contaminés ».
Aucun des gouvernements alors en place ne survécut aux introspections génétiques auxquelles il du se soumettre.
Il s’avéra qu’en fonction de son état de latence ou d’activité le gène produisait un nombre incalculable de variantes allant du mensonge au meurtre et de la manipulation de masses à l’extermination des peuples.
Cette idée vous amuse je le vois bien…mais si vous trouvez en elle un certain air de déjà-vu n’en attribuez aucune responsabilité au hasard, laissez moi seulement en venir à la seconde partie de mon récit.
A l’heure où les mondes déchirés pansaient leurs plaies.
Comment pouvait on séparer une unité de son ensemble sans compromettre l’équilibre de celui ci ? Tel fut le problème auquel Lothar et la nouvelle commission interplanétaire durent faire face lorsque le contingent toujours croissant des « contaminés » excéda en nombre celui de la population non porteuse du génome incriminé.
Aucune réserve ne parviendrait jamais à contenir les milliers de coupables potentiels provisoirement parqués aux quatre coins de la galaxie.
La situation ne cessait d’empirer et menaçait d’échapper à tout contrôle. On ne pouvait continuer plus longtemps sans s’exposer à un renversement de forces sans précédent.
Les hommes en charge de l’empire étaient tous hommes de bon sens; la sélection génétique avait évincé les anciens politiciens arrivistes, il n’y eut donc aucun débat interminable sur les pertes et profits.
Partisan convaincu de l’égalité de tous les êtres, Lothar jugeait inacceptables les conditions dans lesquelles étaient détenus les foules de colons nibiriens. Aussi s’empressa t-il de proposer une solution qui saurait satisfaire la conscience de tout un peuple et ramener à la normale le point critique de la situation.
Selon lui, en attentant à la dignité de chacun en le contraignant par des moyens contraires à toutes éthiques, on ne faisait que mettre à vif plus encore son sentiment d’injustice. La réponse collective serait une insurrection qui raviverait la flamme du chaos.
On improvisa sans plus attendre la plus importante opération de déportation jamais entreprise, à destination d’un monde que les premières expéditions nibiriennes avaient autrefois considéré comme le jardin originel de nos légendes.
Toutes les galaxies doivent avoir le leur et le nôtre était là, calme et romantique comme seuls savent l’être les enfants de l’amour et de la guerre.
Je me suis souvent interrogé sur un point relatif aux premiers maîtres de ce jeune monde. Que c ‘est il passé dans l’inconscient collectif de ces gigantesques sauriens qui régnaient sans partage sur la terre et les eaux, au matin où débarquèrent les premiers vaisseaux transporteurs, aux soutes pleines d‘un mal encore inconnu d‘eux? Comprirent- ils que leur règne s’achevait là?
Sept jours durant des navettes effectuèrent un infatigable ballet d’ allers et de retours de la surface du nouveau monde à son avant poste lunaire. Devenu zone de transit le modeste astro-port sélène bourdonnait comme une ruche géante.
Les bannis eux-mêmes finirent par trouver leur sort très enviable en découvrant la planète Gaïa, ainsi que l’avaient baptisé les tout premiers explorateurs, en hommage à une divinité cosmique symbolisant la vie et son renouveau.
Purgé de tout germe délétère, l’empire nibirien renaîtrait de ses cendres.
Quant à la jeune Gaïa, un jour, elle deviendrait plus familièrement la Terre et portée par l ‘influence de ses enfants adoptifs, elle prospérerait elle aussi mais resterait à jamais assujettie à la surveillance discrète de l’empire.
Les vieux démons ont le sommeil léger comme nous l’enseigne un proverbe martien…
Plus prosaïquement, nous en arrivons à l’instant présent et aux circonvolutions qui m’ont conduit à vous.
Mon pèlerinage d’historien devait s’achever là, à l’endroit même où un tout autre devoir d’investigation devait commencer. Je me suis rendu en de nombreux endroits ainsi qu’il m’ a été demandé de le faire; prenant acte de ce que j’y trouvais aussi objectivement que je le pu.
Bien qu’encore incomplet, le rapport que j’étais sur le point d’établir allait je le crains confirmer et renforcer dans sa forme définitive toutes les craintes de l’empire.
Vôtre propension a engendrer le désastre n’a d’égale que cette extraordinaire faculté à justifier les pires exactions sous couleur de rendre la justice et le droit.
A l’instar de certains isotopes dont la radiance chimique ne fait que croître avec le temps, le gène dont vous êtes porteurs est sans conteste la forme nucléique la plus durable et évolutive de l’univers.
Forts de ce constat; nous sommes déjà intervenus un bon nombre de fois au cours de vôtre histoire, sans quoi Gaïa vôtre terre nourricière ne serait plus qu’un vaste champ de désolation battu par les vents à l‘heure qu‘il est, l’empire procèdera en conséquence à la mise en quarantaine de vôtre planète dans l’intérêt de tous les peuples concernés.
La population terrienne sera ramenée à un degré de technologie légèrement en deçà des normes qui selon vous définissent l’accomplissement d’une civilisation…
Kronus se tut pour rendre son sourire à l’homme assis en face de lui. Ex abrupto le visage jusqu’à présent fermé de ce dernier venait soudain de s’animer d’une émotion qui rompait avec l‘illusion de gravité qui figeait ses traits; une pointe d’amusement aussi subtile qu’inattendue.
- - Monsieur…Kronus…Vôtre résumé est des plus impressionnant je
- - dois l’admettre et j’aurais plaisir à en apprendre davantage sur
- - l’empire et ses intentions au cours de la prochaine séance…Ceci
- - étant, je vous serais gré d’accepter nôtre hospitalité comme un gage
- - de l’amitié et du profond respect que nous portons aux visiteurs
- - officiels de l’empire…Vous trouverez je l ‘espère nos installations à
- - vôtre convenance. Durant le temps que durera vôtre séjour parmi
- - nous, nous veillerons à vous apporter tout le confort dont vous
- - aurez besoin pour vous sentir chez vous.
L’homme à son tour se tut pour consacrer quelques instants à la lecture de ses notes ne levant le nez que pour jeter un coup d’œil furtif et presque contrarié sur le martien. Durant de longues et laborieuses minutes il s’acquitta ensuite, avec humeur cette fois, d’une besogne tout à fait administrative, griffonnant et marmonnant d’inintelligibles calculs à l’adresse d’une très improbable divinité mathématique, n’interrompant son étrange rituel que pour faire la moue ou mâchonner une branche de ses lunettes.
A proprement parler, cet interlude au demeurant anodin n’était pas de nature à rassurer le martien qui ne voyait en cela que l’expression du désordre mental de son interlocuteur. Aussi se tortillait-il dans son fauteuil devenu soudainement inconfortable, luttant de toute sa volonté pour chasser bien loin de lui le besoin de se lever et de quitter la pièce.
Sans doute l’homme s’en aperçut il mais n’en laissa rien paraître. Il força une quinte de toux pour s’éclaircir la gorge et d’une voix grave et monocorde s’adressa avec autorité à un petit appareil disposé devant lui.
- - Prise de contact terminée, veuillez je vous prie raccompagner nôtre
- - hôtes jusqu’à ses quartiers !
L’instrument était si parfaitement intégré à la décoration qu’il échappait à l’inventaire du simple coup d’œil; ce détail ne fit qu’ajouter à la défiance naturelle du martien.
Combien de subtilités de ce genre la pièce dans laquelle il se trouvait dissimulait elle encore, comme autant de pièges destinés à se refermer sur lui à la première occasion ?
Un authentique trésor de raffinement au service d’une créature qui n’épargnait son prochain que pour en faire un esclave.
Les lourdes boiseries finement ciselées de la double porte gémirent sous le poids de leurs vantaux.
Toujours placidement installé derrière son bureau, affectant une nonchalance presque goguenarde, c’est à peine si l’homme aux lunettes leva la tête sur les deux individus qui venaient d’investir la place sans même prendre la peine de s’annoncer. La blancheur immaculée de leurs uniformes ne permettait aucune forme de distinction d’ordre ou de rang.
Comprenant ce que l’on attendait de lui, Kronus se leva pour quitter la pièce en compagnie des deux inconnus.
Il ne faisait aucun doute que ces terriens là attachaient beaucoup d’importance au bien-être de leurs hôtes. Cependant, le martien se sentait la proie d’un intraduisible pressentiment.
Il reconnut l’interminable couloir aux murs désespérément vides qui à son arrivée l’avait conduit au bureau de l’homme aux lunettes.
L’écho de leurs pas n’en finissait pas de se perdre à l’infini comme ceux de quelques marcheurs invisibles arpentant des voies imaginaires. Les deux hommes échangèrent un rire gras et sans joie que le martien reconnut pour être une des ces manifestations typiquement terriennes qui résumait un état d’être primitif.
- - Nous voici arrivés dans l’aile du bâtiment réservée à nos très
- - estimables visiteurs de l’espace…complices jusqu’à l’ écœurement dans la grossièreté de leur plaisanterie, les deux factotums se rangèrent de part et d’autre du martien pour former sur son passage une manière de haie d’honneur, la plus piètre qui soit, ouverte sur la « suite » que le bon maître des lieux mettait à sa disposition.
Une injure qui ne se donnait aucune peine à se faire passer pour autre chose que ce qu’elle était.
-- Que son excellence se donne donc la peine…
La violence de la bourrade qui le frappa au creux des reins fut telle qu’ elle le projeta face contre terre au milieu de la petite pièce qui s’était ouverte devant lui.
Etendu sur le sol moelleux, il se remit péniblement sur ses pieds et avant même qu’il n’ait eu le temps de reprendre ses esprits la porte s’était refermée sur la joie sadique de ses geôliers.
Longtemps après qu’ils eussent disparu de sa vue, le rire infernal des deux acolytes continua de résonner dans le long couloir vide. Le tour fameux qu’ils venaient de jouer appartiendrait bientôt à ce registre d’anecdotes dont ils se plaisaient à faire état lorsqu’une occasion de briller dans la société de leurs semblables se présentait.
Abandonné à la solitude de sa cellule, Kronus s’installa aussi confortablement que possible. Il ne s’agissait plus d’entretenir un fol espoir de paix à présent, le conseil intergalactique réagirait vivement à la disparition de son émissaire officiel.
Adossé à la paroi généreusement rembourrée d’un des murs, le martien lâcha une bordée de jurons dans sa langue natale.
Maudissant la tournure que venait de prendre les évènements, il se remémorait avec amertume le détail de ces derniers jours avant que la sécurité terrienne ne mette la main sur l’étranger qu’il s’était pourtant efforcé de ne pas être.
Tout était parfaitement en règle , ainsi qu’on le lui avait affirmé. L’identité sous laquelle il voyageait avait été l’objet d’une sélection rigoureuse émanant des plus grands experts de la galaxie; mais sa naïveté et son appareillage l’avaient trahi plus sûrement que tout le reste.
La zone abritait un complexe militaire souterrain aux proportions si fantastiques qu’elle lui était d’abord apparu comme la source d’un danger sans commune mesure avec ce à quoi il s’était premièrement attendu.
Il s’était donc livré à une somme invraisemblable d’investigations pour en déterminer aussi précisément que possible la nature et le potentiel.
Cette découverte, il le pressentait, transcenderait la somme de toutes les craintes qu’avaient nourri l’empire et l’ombre de Nibiru reviendrait hanter les consciences.
Les précurseurs de l’anti-matière avaient eu descendance et leur lignée s’apprêtait une fois encore à libérer l’incommensurable pouvoir de l’antique fléau.
Abasourdi par le résultat de ses analyses et à cet égard abandonnant un moment toute prudence, il s’était empressé de transmettre le rapport de ses conclusions immédiates.
S’étant acquitté de cette tâche de toute première importance, il se préparait à quitter les lieux aussi rapidement que ses jambes, mal habituées à la pesanteur terrestre, le lui permettraient et à rejoindre son point de contact de l’autre côté de la colline.
Là-bas, un faisceau d’énergie quantique le transporterait à bord du Cosmocraft placé en orbite géo-stationnaire au-dessus du désert dans l’attente du signal de récupération. Le minuscule astronef faisait office de relais entre l’agent dont il constituait le principal moyen de transport et de communication avec les secteurs les plus reculés de la galaxie.
Peu encombrant, l’équipement de terrain n’en nécessitait pas moins une grande attention de la part de son utilisateur, tant il importait de ne laisser aucune trace derrière soi. Aussi en avait-il minutieusement contrôlé chacune des pièces pour s’assurer qu’aucune ne manquait.
Ceci fait sans qu’il ne manque rien aux règles de l’art, il était sur le point de s’en retourner en direction de la colline.
En surface, sur des milles à la ronde le paysage n’était que poussière et maigres végétations; ici ou là, quelque agile créature se hâtait peureusement jusqu’à l’ombre bienfaitrice d’un tumulus naturel. Des conditions climatiques idéales pour un martien, habitué aux régions chaudes d’un monde à fleur d’héliosphère.
Non que Mars ne fut qu’un désert brûlant, il s’y trouvait aussi des oasis de fraîcheur parfumée et des golfes de pourpre aux mers tranquilles mais il fallait bien reconnaître qu’il y avait ici un charme indéniablement martien.
Précédé d’un rugissement qui paraissait enfler et croître à mesure que la distance qui les séparés se réduisait, un tourbillon de poussière paru se détacher de l’horizon. Comme animée d’une intelligence élémentaire, la « chose » était encore loin et n’apparaissait que derrière un voile ténu d’ondulations de chaleur mais semblablement à quelque émanation cauchemardesque surgie du néant originel elle marchait, roulait ou volait; ou les trois à la fois à sa rencontre.
S’il ne pouvait encore en identifier la forme, il en déduisait assez clairement l’objectif.
La prodigieuse installation souterraine au-dessus de laquelle il se trouvait devait posséder des systèmes de surveillance si subtils qu’ils pouvaient aisément se jouer des curiosités les mieux préparées à en contourner la rouerie.
Se précipiter dans la fuite ne lui offrirait qu’une alternative aussi futile que vaine, la « chose » dévorait les grands espaces avec un appétit qui la faisait grossir à vue d’œil, il serait rejoint avant même d’avoir couvert le premier tiers de distance le séparant des collines.
Commença alors une attente qui paradoxalement en regard de la vitesse de déplacement du « monstre » lui sembla interminable. Enfin la masse grondante émergea de son nuage dans sa cuirasse de métal et se divisa pour l’encercler. Des hommes en armes jaillirent de ses multiples flancs en vociférant comme des damnés.
Les méthodes terriennes répondaient souvent au jugement arbitraire d’un règlement et ne s’embarrassaient jamais des recours non bellicistes, jugés militairement improductifs par des gens qui ne l’étaient pas moins eux-mêmes.
A n’en pas douter, ces hommes ignoraient tout des joies de la diplomatie; à son corps défendant il fut traîné comme un vulgaire sac de chiffons et jeté sans plus de manières à bord d’un des véhicules.
La suite ne présentait qu’un faible intérêt si l’on exceptait les éprouvantes étapes au cours desquelles il s’était vu contraint de répondre inlassablement aux questions de ses tourmenteurs.
Piqués d’une idée fixe, comme le sont tout ceux dont l’existence ne s’articule qu’autour d’idées reçues, les hommes de l’ombre, comme il les avait surnommé, leurs visages lui étant toujours dérobés par un astucieux effet de lumière contraire, avaient usé toute leur science moyenâgeuse sans grand succès.
Les aveux obtenus n’étaient guère qu’un tissu d’élucubrations incertaines et démentes. Aussi avait on décidé de le confier aux bons soins d’un spécialiste.
La sécurité nationale avaient déjà bien assez de problèmes comme ça sans avoir à aller se mêler des cas les plus iconoclastes de la psychiatrie.
N’en restait pas moins le petit appareillage trouvé sur lui et qui ne correspondait à rien de connu. Faute d’en comprendre l’usage, on en avait analysé chaque composant pour n’aboutir qu’à l’édifiant constat qu’il ne se trouvait là rien qui fut d’origine étrangère à cette bonne vieille terre. Il s’agissait même d’un alliage que l’on pouvait qualifier d’approximatif et grossier, ni plus ni moins qu’un ersatz sans la moindre valeur scientifique, mais rien qui ne soit le produit d’une civilisation d’outre espace ayant des milliers d’années d’avance technologique.
Le martien soupira, cette ultime précaution avait été prise à son insu et il ne pu s’empêcher de sourire; décidément l’empire n’était jamais à cours d’inventions nouvelles et celle ci ne manquait pas d’audace. On s’était employé avec beaucoup d’application à substituer un authentique alliage martien par une imitation de facture tout à fait terrestre celle là. Lui-même, pourtant habitué à manipuler toutes sortes d’objets composés dans cette matière très singulière, n’y avait vu que du feu.
Les documents terriens attestant de son identité convainquirent assez facilement les hommes de l’ombre qu’ils tenaient là un pur natif des états confédérés et non une de ces canailles « rouges » comme ils l’avaient d’abord supposés.
De prime abord, très peu au fait des terminologies familières aux terriens, Kronus avait associé la couleur que l’on prêtait à la canaille en question à celle que l’on donnait à sa planète natale. Mais bien sûr il n’en était rien comme il le comprit un peu plus tard à son grand soulagement. Les hommes de ce monde aimaient à faire usage de toutes sortes de non sens, détournant les rigueurs d’un langage à des fins plus imagées.
Il ne saurait jamais qui était cette canaille rouge, d’ailleurs peu lui importait, il n’en reçu pas moins un traitement, que l’on qualifia de faveur pour le plus grand plaisir de certains de ses hôtes sans visage.
Il se souvenait d’une agréable torpeur et d’une irrésistible envie de s’abandonner au sommeil. Autour de lui, le monde ne se dessinait plus qu’au travers d’un manteau de brumes lointaines. A cet instant toute résistance lui avait semblé vaine. Peu à peu, le fil de sa mémoire s’était dévidé comme celui d’une pelote.
Sans être fondamentalement superstitieux, les martiens nourrissaient une certaine appréhension à l’égard des états de conscience altérée. Selon eux, les paroles du dormeur appartenaient au néant et n’auguraient rien de bon pour qui les entendaient.
Le temps et l’espace avaient perdu toute substance.
Comme un écho se répondant à lui-même, sa voix avait répondu à son propre appel.
Cherchant ses mots et les trouvant au bout d’une promesse d’oubli, il refit le long voyage au bout duquel il pourrait finalement retourner vers son point de départ et retrouver ses chères habitudes, là où il n’était plus besoin de jouer à des comédies savamment organisées par l’empire.
En fin de compte, les voyages ne valaient que pour leur notion intrinsèque de retour.
Quand et comment tout cela avait prit fin, il n’en gardait aucune souvenance. Le fait est que lorsqu’il était revenu à lui il ne se trouvait plus dans l’éblouissante lumière mais gisant à même le sol dans un carré de murailles grises.
Il n’eut cependant guère le temps d’apprécier la quiétude de sa nouvelle cellule, déjà la porte s’ouvrait sur un cortège hétéroclite d’hommes graves et souriants parmi lesquels il pensa reconnaître certaines ombres sans visage.
Mais cette fois, on s’était adressé à lui avec tact et politesse, l’encourageant même à prendre place à bord d’un véhicule mit tout spécialement à disposition pour les besoins d’un petit trajet à destination d’un établissement plus à même d’accueillir un visiteur arrivant de l’espace.
Sans paraître autrement surpris de ce revirement inexplicable, il s’était borné à tenir le rôle que l’on semblait désireux de lui voir endosser sans discussion.
Ce n’est qu’un peu plus tard en pénétrant dans l’enceinte du bâtiment en charge de l’accueillir, en la qualité indûment acquise de persona grata, qu’il comprit l’ironie tactique dont il était devenu le jouet.
N’étant jamais parvenu à démontrer l’existence d’une intelligence extra terrestre, les terriens s’étaient appliqués à en réfuter jusqu’à la possibilité. Devenu tabou au sein des classes prétendument intellectuelles, le sujet n’alimentait plus que l’imagination malade de quelques rêveurs qui trouvaient là un moyen sûr et parfois lucratif d’échapper aux responsabilités incombant à tout être humain; comme celles de s’inféoder à la société de leurs semblables pour préserver les privilèges des castes dirigeantes.
- - Et c’est ici que les choses doivent finir la plupart du temps, grommela-t-il, ici entre les murs capitonnés d‘une cellule sans ouvertures.
Loin de le condamner, les aveux obtenus sous contrôle chimique avaient réduit à néant toutes les suspicions qui pesaient alors sur lui. L’espion supposé à la solde d’une puissance ennemie n’était rien moins qu’un de ces malades mentaux persuadés qu’il venait d’une planète lointaine.
Oh, cela avait considérablement détendu l’atmosphère il s’en souvenait à présent.
Les ombres sans visages s’étaient presque montrées amicales et l’une d’elles avait décidé qu’il ne servait plus de rien de tourmenter davantage un pauvre diable dont les enfantillages étaient incontestablement la preuve d’un cerveau dérangé mais inoffensif.
L’empire en connaissait assurément les conséquences directes et de fait ce qu’il adviendrait d’un agent n’ayant jamais connu de lavage de cerveau. Un interrogatoire pour le moins basique lui délierait la langue sans grande difficulté. Ses aveux revêtiraient à coup sûr des couleurs si peu acceptables pour la logique raisonnable de ses geôliers qu’ils se prononceraient sans l’ombre d’une hésitation pour un internement en dehors de leurs murs.
Toute la valeur du stratagème tenait dans la connaissance de l’ennemi. Un adage martien qui trouvait là un de ses plus beaux exemples.
Il ne faisait aucun doute qu’une percée dans les défenses militaires terrestres en vue de leur soustraire un agent captif représentait un risque considérable sur de nombreux plans, aussi était il préférable que ce dernier fut placé sous la garde de civils.
Si la chance se trouvait de son côté le jour où ses gardiens constateraient sa disparition, on parlerait très certainement d’une évasion on ne peut plus singulière, mais la singularité n’était elle pas le propre des gens que l’on gardait ici, et bientôt l’affaire ne se résumerait plus qu’à un « pas de nouvelles bonne nouvelle » échangé entre deux prises de service.
Molesté, drogué, raillé, la fatigue des dernières heures prenait doucement le dessus sur lui. La clairvoyance de l’empire allait bien au delà de la simple stratégie militaire, il en comprenait désormais toute la subtilité; il soupira d’aise et ferma les yeux.
Que serait donc la vie sans une bonne dose de patience pour la rendre acceptable ? La réponse attendrait, il dormait maintenant à poings fermés.
« La folie suprême n’est elle pas de voir le monde tel qu’il est et non tel qu’il devrait être? » Assis derrière son bureau, l’homme aux lunettes haussa un sourcil circonspect. Sobrement gravée sur une plaque d’argent, cette phrase représentait l’axiome fondamental d’une profession de foi à laquelle il avait tout sacrifié. Combien de fois au cours de la
dernière heure l’avait-il lu, déchiffré, analysé et disséqué avant de la relire encore et encore, tentant vainement à chaque fois d’en extraire la substantielle matière qui l‘avait tant enthousiasmé à ses débuts.
Mais peut-être devrait-il tout bonnement se concéder quelques jours de farniente et profiter un peu des derniers rayons de soleil de l’été, loin de tout en compagnie de lui-même, cela le changerait de sa routine et de l’effort constant qu’exigeait sa fonction.
Administrer les intérêts d’un établissement psychiatrique tout en y officiant soi même en qualité de première autorité était bien l’inverse d’une sinécure.
On y dormait peu, avalant de sommaires collations constituées la plupart du temps d’aliments sans saveur entre deux séances de psychanalyse et un conseil d’administration pour finir prématurément blanchi au milieu d’un décor freudien.
Cette journée avait été interminable, il y avait eu le défilé quotidien des éternels problèmes de logistique entrecoupé par les non moins sempiternelles querelles en salle commune; l’incorrigible Huggy avait encore fait des siennes. Il y avait eu ensuite la visite de ces deux inspecteurs des services sociaux enquêtant sur le cas de cette étrange évasion survenue en début de semaine. On était toujours sans nouvelles du sujet en question et le personnel s’en amusait même en prétendant que le fugitif était tout simplement retourné sur mars et qu’il n’y avait aucun mal à cela.
Jugé inoffensif, l’homme n’irait sûrement pas loin et serait très prochainement ramené au bercail par la police du comté, il n ‘en fallait pas douter, de plus, la plupart des fugueurs revenaient d’eux mêmes, sales et affamés mais toujours commandés par leur instinct de survie.
Il avait du épuiser toutes ses ressources argumentaires pour convaincre les deux fouineurs assermentés. On ne pouvait se débarrasser de cette engeance sans transpirer un tant soit peu et l’on en venait presque à regretter l’insistance exagérée de certains représentants de commerce.
D’ailleurs cette regrettable affaire d’évasion le contrariait bien plus qu’il ne consentait à le laisser paraître. A l’instar d’un certain personnel porté sur les farces scabreuses et dont le sens de l’humour avait finalement ôté tout crédit à cette hypothèse, il s’était lui-même surpris en flagrant délit de se demander si l’homme n’était pas ce qu’il prétendait être. Il se traitait alors de vieux fou et s’en retournait sur le champ à des choses plus terre à terre.
Tout çà aurait sans doute fini par trouver sa place au fond des oubliettes de son quotidien sans qu’il en soit marri le moins du monde si un nouveau venu, visiteur de son état, débarqué d’on ne savait où, n’était soudainement apparu pour perturber le bel entrain de la logique qu’il s’évertuait à dresser, sans ménager sa peine, entre lui et cette histoire impossible d’homme de l’espace.
D’autant que surgit du néant, l’inconnu s’était présenté à lui de la façon la plus naturelle qui soit et sur le ton détaché des affaires courantes s’était livré à un exercice de pure diplomatie en vue d’obtenir une complète révision des cas de captivité les plus extravagants.
Il réprouvait toute l’incongruité du motif dont se servait les instances terrestres pour convertir un simple visiteur en rat de laboratoire et avait poursuivi en exprimant l’indignation qui agitait présentement l’empire.
Cette fable serait très probablement tombée dans l’oreille d’un sourd, on apprend bien vite à ne pas trop se prêter à ce genre de jeu quand on a soi-même un fort degré d’implications dans la psyché d’autrui, mais le nom de Kronus avait brusquement fait écho à cette part de rancœur encore vive qui exerçait sur lui son abominable tyrannie.
Bien plus que d’un simple désordre intérieur, il se savait la proie d’une antinomie toute manichéenne et dans sa forme la plus complexe de surcroît.
Sans ambages, la messe avait été dite, l’empire émettait par le truchement de son émissaire le plus officiel un commandement de portée planétaire exigeant que soient rendus à leur liberté d’origine tous les ressortissants non terrestres.
A l’exemple du citoyen Kronus, de nombreux sujets de l’empire étaient retenus sur la terre dans des établissements semblables à celui-ci.
Selon le code galactique, cette situation justifiait amplement que l’on fasse fi du très rigoureux traité de non ingérence ratifié par l’ensemble des mondes de la communauté stellaire.
L’échéance arriverait à terme à vingt trois heures, heure locale en temps terrien.
Passé ce délai, une action offensive serait engagée dans un premier temps contre l’ensemble des installations de défenses terriennes dans le but avoué d’anéantir tout moyen susceptible d’entraver la bonne marche de l’opération. La reddition totale des forces terrestres sonnerait l’entame de nouvelles négociations, tout à fait inconditionnelles il convient de le préciser, au terme desquelles l’empire réclamerait la libération immédiate de ses ressortissants et un désarmement planétaire.
Aucune considération d’ordre sécuritaire ne serait retenue, s’il advenait qu’un quelconque politicien terrien attire l’attention sur lui en invoquant que l’observance de telles conditions équivalait à se livrer pieds et poings liés à l’ennemi, il y aurait matière à démontrer que l’espèce humaine n’a jamais eu d’autre ennemi qu’elle même.
Apparemment satisfait de sa petite prestation, l’étrange visiteur s’était incliné solennellement pour le saluer et avait disparu aussi mystérieusement qu’il lui était apparu.
Caresser le cuir de son élégant sous main était un de ses gestes de réconfort favoris, il affectionnait tout particulièrement la douceur de cette matière à la fois chaude et empreinte d’une vie immatérielle qu’il devinait presque du bout des doigts.
Les yeux mi-clos, il réprima un bâillement, l’heure était trop avancée pour se livrer à une petite séance d’introspection mais il lui faudrait très certainement en passer par là un de ces prochains jours; rationnellement selon le même principe que celui des miroirs il pouvait arriver qu’un praticien trop proche de ses patients s’idenfie à eux; le surmenage aidant il ne faisait pas exception à cette règle et n’échappait pas non plus à l’implacable loi des probabilités qui régissent les facteurs psychiques. Comme bien d’autres avant lui il connaissait la rançon d’un trop grand dévouement à la « cause ». De plus, aussi extravagante qu‘elle fut, cette histoire ne portait pas à conséquences.
Demain matin à la première heure, c’était décidé, il passerait au bureau pour y laisser ses consignes, une semaine de repos sous le doux soleil de septembre lui ferait le plus grand bien. Il sourit à cette perspective et décrocha son chapeau du porte manteau.
Une bonne nuit de sommeil le remettrait d’aplomb, à l’idée de retrouver son modeste confort il se sentait d’ailleurs déjà mieux.
Il salua mécaniquement le veilleur de nuit en passant au contrôle et se retrouva quelques instants plus tard au volant de sa fidèle Buick. Il était vingt et une heure passée et comme à son habitude il suivrait la même route de campagne sans forcer l’allure.
Ah quoi bon ? Personne ne l’attendait.
Quelque part, au-dessus de l’hémisphère nord les derniers croiseurs légers venaient de rejoindre la flotte. C’était un déploiement de force d’une saisissante beauté. Il y avait là de quoi être partagé entre l’effroi et le respect.
Le grand Commandeur eût l’air satisfait, les ultimes préparatifs répondaient pleinement à ses attentes. Ce jour était son jour et il tenait à en savourer chaque instant.
Il n’avait jamais cru à toutes ces fadaises de propagande Lotharienne. Les solutions pacifiques ne devraient jamais sortir de leur enclos de jardin d’enfants.
Cette heure était son heure, il le savait.
Comme il s’y était attendu, les sommations de l’empire avaient reçu autant d’échos que dans le vide spatial. Il n’était plus temps à présent.
Voyageant à la vitesse de la lumière, l’ordre d’attaquer fut simultanément transmis à tous les récepteurs de la flotte.
Sur Terre, des centaines d’opérateurs radios et d’aiguilleurs du ciel captèrent d’étranges signaux de communications. Cela ne dura que quelques secondes à quelques minutes d’intervalles selon la latitude de chacun mais le silence qui succèda fut le même pour tous.





À Villedaigne le 25 Août 2010



























































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